Interviews / Portraits
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Sophie Marceau, i
tinéraire d’une enfant gâtée…


Par Jean-Pascal Grosso

 

Depuis La Boum, son premier et mythique succès, jusqu’aux récents LOL ou De l'autre côté du lit, Sophie Marceau a toujours fait partie des enfants gâtées du cinéma français. Au moment où sort L'Homme de chevet, dans lequel elle partage l'affiche avec son compagnon Christophe Lambert, retour sur le parcours d’une icône glamour qui a su charmer jusqu'aux plus grands d’Hollywood, à travers des choix professionnels pas toujours si consensuels. 


la boum 2

 

«  Aujourd'hui je suis une femme rangée, mais vivante : le remue-ménage dans ma vie ne me déplaît pas. » A 42 ans, Sophie Marceau se dit assagie. Fini les questionnements de ses débuts, le malaise de l'actrice naissante face à des metteurs en scène démiurges. Entre temps, elle sera allée jusqu'à défier Mel Gibson (Braveheart) ou Pierce Brosnan (Le Monde ne suffit pas) pour s'imposer comme une  comédienne populaire de renommée internationale. Devenue réalisatrice indépendante (« Faire seulement l'actrice ne m'apportait plus assez de lumière. Réaliser me fait sentir enfin sereine et entière, rassemblée. ») avec Parlez-moi d'amour et La Disparue de Deauville, elle est aujourd'hui une des actrices les plus « bankable » du cinéma hexagonal. Anthony Zimmer, Les Femmes de l'ombre, LOL ou De L'Autre côté du lit, le public a largement répondu présent à chacun des nouveaux rendez-vous que la star lui a donné. Celle qui avait déclaré, en 1995, « Le cinéma français, c'est une colonie de fourmis qui filme des fourmis », semble donc avoir renoué des liens solides avec une industrie qui l'avait - un temps – quelque peu malmené.

 

braveheart 1

 

« Je reste libre et émerveillée »

 

Bouillonnante, Sophie Marceau n'a jamais avancé masquée, confiant à la presse ses doutes et déceptions, même en cours de promotion pour un film comme ce fut le cas pour Marquise, en 1997, expérience dont elle ne cacha pas être mécontente. Aujourd'hui maman de deux enfants (Vincent, 13 ans, né de sa tumultueuse histoire avec le réalisateur Andrzej Zulawski, et Juliette, six ans, qu'elle a eu avec le producteur américain Robert Lemley), Sophie Marceau poursuit également une carrière exemplaire sur grand écran. Son dernier film ? L'Homme de chevet d'Alain Monne, adapté d'un roman d'Eric Holder (Mademoiselle Chambon). Radieuse, sereine et toujours conquérante, la star assume totalement sa plénitude proclamant : « Je reste libre et émerveillée »

 

lhomme de chevet 6

 

De La Boum au cinéma d’auteur, des choix audacieux…

Sophie Marceau, c'est un peu un conte de fée français qui aurait viré à l'histoire passionnelle. Ou comment une gamine de Gentilly, à l'enfance « heureuse mais pas facile » selon ses propres mots, se fait remarquer par un réalisateur – Claude Pinoteau – en quête de l'héroïne d'une comédie pré-ado à petit budget. Aidé par un magistral bouche à oreille, La Boum allait devenir un des succès cinématographiques cultes des années 80 et propulser son actrice principale, Sophie Maupu – pardon, Marceau, nom emprunté à l'une des grandes avenues partant de la Place de l'Etoile à Paris – alias « Vic », icône d'une génération accro au flirt et au walkman. Voilà la petite banlieusarde transformée d'un coup de baguette filmique en star mondiale. Parmi ses souvenirs de l'époque : une arrivée à l'aéroport de Tokyo qui frôla l'émeute lorsque des gamines de son âge, hystériques, se mirent à  épeler son prénom dans un français des plus approximatifs. S-O-P-H-I-E ! Sur un nuage, l'adolescente se voit à peine muer en femme à la fois sensuelle et fragile.

 

« Je voulais me sortir très vite de cette image de gamine sympa »

 

 

Des réalisateurs se chargeront de la faire redescendre sur terre. Faisant fi de son César du Meilleur espoir pour La Boum 2 (catégorie, dit-on, créée spécialement pour elle), Andrzej Zulawski la transforme en putain magnifique dans L'Amour braque. Le public, estomaqué, ne la reconnaît plus, mais, Sophie, elle s'en réjouit : « J'essayais de vivre normalement dans une situation tout sauf normale. En tout cas, je voulais me sortir très vite de cette image de gamine sympa. » Avec Zulawski, c'est le début d'une passion étrange et destructrice qui durera 17 ans et se terminera amèrement en règlements de comptes par presse interposée. Sous l'oeil de son mentor d'alors, Sophie poursuit une carrière cataclysmique : Fort Saganne, Joyeuse Pâques ou encore Police du sulfureux Maurice Pialat, ce diable  de réalisateur, qui l'humilie en permanence, sa méthode pour tirer le meilleure d'une comédienne bouleversée. Descente aux enfers, le sirupeux L'Etudiante, l'oublié Pacific Palisades, l'éloigne encore plus du succès qui avait auréolé son début de carrière. Pour Sophie, c’est le moment de partir en voyage…

 

marceau - bellucci - ne te retourne pas

 

Consécration hollywoodienne et retour gagnant en France

1996 marque ainsi un tournant dans la carrière de Sophie Marceau. Boudée par son public, malmenée par la presse française, elle part voir du côté d’Hollywood ou plutôt de l'Ecosse où l'entraîne le tournage de Bravehart, si l'herbe y est plus verte. L'actrice, qui vient de tourner sous la direction d'Antonioni dans Par-delà les nuages, se retrouve face à un tout autre caractère, celui de Mel Gibson, à la fois acteur et metteur en scène de ce film épique. Les premiers jours de tournage la laissent quelque peu perplexe : « Au début, j'ai eu du mal à communiquer avec lui », se souvient-elle. « Un jour, je l'ai pris à part pour lui dire qu'il était mon metteur en scène et non pas une star en haut sa tour d'ivoire. Je l'ai provoqué un peu. J'ai alors découvert un homme profondément gentil, poli, un metteur en scène attentif ».

 

sophie marceau  - lol 2

 

« J'ai découvert en Mel Gibson un homme profondément gentil, poli et un metteur en scène attentif. »

 

Le succès mondial de cette épopée violente remet immédiatement Sophie Marceau en selle. Celle qui déclare à qui veut l'entendre qu'elle « déteste Hollywood » et son système à presser les comédiens comme des citrons, s'offre une carrière internationale (de l'élégant Anna Karenine au nanar Lost & Found) qui explose littéralement en 1999 avec son rôle d'Elektra King face à l'éminent 007 dans Le Monde ne suffit pas de Michael Apted. La « Grande Sophie » tient désormais sa revanche. Elle s'est battue âprement pour ça. Son retour en France est marqué par une suite imposante de succès au box-office : Bélphegor, Anthony Zimmer, Les Femmes de l'ombre, LOL... L'aura de la star est restée intacte et cela par-delà les frontières. Venue présenter Les Femmes de l'ombre à Pékin (le film, avec 1000 écrans en Chine, a eu droit a une sortie digne d'un blockbuster hollywoodien), la comédienne a pu vérifier à quel point son statut de star n'était pas usurpé. Oubliés les gaffes type Festival de Cannes en 1999, ou elle s'emmêla les pinceaux lors d'un discours fumeux ou le fameux « scandale » de son sein « accidentellement » dévoilé, en bas des marches du Palais six ans plus tard. Aujourd'hui, Sophie Marceau resplendit et confie : « Le cinéma est une formidable thérapie personnelle. Vous n'avez plus à souffrir. Votre personnage le fait à votre place ! »

 

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« Le cinéma est une formidable thérapie personnelle. Votre personnage souffre à votre place ! »

La Disparue de Deauville, thriller « normand » qu'elle a réalisé en 2007, n'a pas su attirer les foules dans les salles. Un échec financier, personnel, certes, mais qui lui aura au moins permis de révéler au grand jour l'idylle qu'elle entretenait avec l'acteur principal du film, Christophe Lambert. Réalisatrice malchanceuse, peut-être. Actrice préférée des français, sûrement. Et une femme heureuse, assurément. « C'est une immense comédienne », soulignait Pascale Pouzadoux, la réalisatrice de De l'autre côté du lit. « Elle est séduisante, pétillante. C'est une nature vivante et drôle ». Adulée, mais aussi souvent critiquée, voire raillée, Sophie Marceau aura réussi à mettre à profit son côté rebelle et fort-en-gueule. D'une beauté à la fois rayonnante et discrète, elle a passé le cap de la quarantaine avec intelligence et de beaux succès à la clef. Femme fatale chez James Bond, femme de coeur dans la vie (on la voit souvent engagée auprès d'associations caritatives), femme de tête de surcroît (les spectateurs de TF1 ont peut-être toujours en mémoire son refus de participer au même journal que Jean-Marie Le Pen). Une vraie maturité pour une star qui assure « avoir su garder son coeur d'enfant. ». N’est-ce pas là l’essentiel ?

 

 
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