Interviews / Portraits
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Monica Bellucci

Portrait d’une femme fatale…



Par Jean-Pascal Grosso

 

 

Changement de cap pour Monica Bellucci. Après s'être forgée un statut de choix dans le cinéma populaire, la voilà héroïne malheureuse du prochain Philippe Garrel, Un Été brûlant. Un passage aussi abrupt que surprenant des plateaux de Hollywood à ceux, plus intimistes, de l'un des metteurs en scène les plus discrets du cinéma français. Portrait d'une femme fatale qui se considère, selon son propre aveu, comme « une Italienne qui voyage un peu partout ».


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D'abord, il y a cette accent velouté jailli de par-delà les Alpes et que la comédienne étrenne depuis des années de plateaux de cinéma en studios de télévision, de campagnes publicitaires en conférence de presse surmédiatisées. Il est quasiment devenu sa marque de fabrique, un particularisme savamment entretenu parmi ses consoeurs françaises, au phrasé peut-être moins émoustillant et qui détonne clairement, comme jadis celui tout aussi insondable de Jane Birkin, version « Blanche Albion ». Monica Bellucci continue à faire rêver les spectateurs avec ses courbes légendaires et ses apparitions solaires dans des longs-métrages d'une qualité pas toujours édifiante...

 

La France l'avait véritablement découverte dans L'Appartement, thriller confiné signé Gilles Mimouni dans lequel elle partageait l'affiche avec Vincent Cassel. Hors caméra, un couple naît. A l'époque - nous sommes en 1996 -, la divine transalpine a déjà derrière elle une riche carrière dans le mannequinat. La transition se passe en douceur, via, entre autres, le Dracula de Francis Ford Coppola. Elle commente : « Pour moi, ça a plutôt bien été. Mais, je ne pouvais éviter les attaques, même pas du public, mais du monde du cinéma envers les mannequins qui voulaient devenir actrices. Je ne comprends pas. Une actrice, dès qu'elle est connue, elle fait de la pub ! » Elle place la barre très haut, sans jamais se laisser refroidir par les cruautés sommaires du métier. Elle s'emporte un peu, quoique joliment : «  Si un réalisateur prend une fille dans un bar et la fait jouer, tout le monde s’extasie, alors qu'une fille mannequin qui se retrouve à faire du cinéma, tous les loups se jettent sur elle. Tu dois être incroyable. Pas le droit à l'erreur. » Depuis, elle a tourné sous la direction de Mel Gibson, Bertrand Blier, Spike Lee, Terry Gilliam, des frères Wachowski... Aujourd'hui, après plusieurs revers conséquents au box-office (Le Deuxième souffle, Baaria, Ne te retourne pas...), la comédienne, la quarantaine assumée, suspend sa course autour du monde le temps d'un drame aux côté des Garrel, père et fils. L'occasion de tourner une page et de prendre, qui sait, une nouvelle direction artistique ?

 

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« Si un réalisateur prend une fille dans un bar et la fait jouer, tout le monde s’extasie ! Alors qu'une fille mannequin qui se retrouve à faire du cinéma… n’a pas droit à l’erreur ».

Italienne jusqu’au bout des ongles…

« Je me sens italienne à 100%. Une italienne qui voyage un peu partout. » C'est vrai que la filmographie de Monica Bellucci - des lustres après la fièvre qui gagna le cinéma italien post-néo-réaliste, alors accro à un star-system formaté par Cineccità et qui envoyait ses idoles tourner aux quatre coins du globe -, n'a rien à envier sur un plan prosaïquement géographique, à celle d'une Sophia Loren ou d'une Monica Vitti. Le bel oiseau aura foulé de ses graciles pattes le sol des plus grands studios de Hollywood (Suspicion, Matrix Reloaded, La Passion du Christ...), des plus onéreuses superproductions à la française (Le Pacte des loups, Astérix & Obélix : Mission Cléopatre...) et du cinéma italien poids lourd (Malena, Baaria...). L'intéressée se défend d'avoir scellé, entre un Gaspard Noé toujours traumatisant (Irréversible, Palme, ad vitam, du coup de poing dans la tronche cinématographique) et un film indépendant et délicat (Les Vies privées de Pippa Lee, par exemple), un pacte faustien avec les tenants de l'industrie lourde du 7ème art. « Je connais des actrices qui rêvent de travailler sur des grosses productions, mais qui trouvent difficile d'y arriver, corrige-t-elle. C'est vrai que c'est du cinéma populaire, mais du beau, non ? » A 46 ans cette année - c'est mal de le dire, nous le savons, ndlr - , la comédienne accepte un nouveau challenge dans une carrière à la fois riche et pléthorique, sous la direction de l'hermétique Philippe Garrel (L'Enfant secret, J'entends plus la guitare, Les Amants réguliers...). Dans Un Été brûlant, elle campe Angèle, actrice et épouse d'un peintre (Louis Garrel). Le délitement du couple provoquera un drame. Pour cette « immigrée de luxe » comme elle aime, grinçante, à se définir, et qui a pris « le meilleur de ce qu'il y a en France », c'est une incursion inattendue dans une poésie cinégénique aussi singulière et unique que celle de Noé, quoique dans un registre définitivement moins oppressant. Pétroleuse des blockbusters ou visiteuse d'un cinéma d'auteur exigeant ? Pour elle, le choix ne se fait pas : « Je déteste la spécificité des choses, être bridée, assume-t-elle. Rien à faire d'être prise au sérieux ou pas : je fais ce que j'ai envie de faire. »

 

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« Je me sens italienne à 100 % ! »

 

 

Monica Bellucci, la discrète

Quand on lui demande la recette du succès, d'une carrière qui, contre vente et marées, perdure depuis maintenant vingt années, elle répond, presque incrédule : « Aucune recette. Aucun objectif. Je ne sais même pas ce que je vais faire demain ! J'ai souvent laissé la vie décider pour moi. Je viens d'un milieu qui n¹a rien à voir avec le cinéma. J'ai commencé à faire le mannequin par hasard, j’étais très attirée par l'idée de voyager, d'être indépendante économiquement, de découvrir le monde et, en plus, d’être payée pour ça ! Après ça, il y a eu le cinéma, grâce aux photos. Quand, je raconte ma vie comme ça, ça paraît irréel ». D’un autre côté, son indépendance est liée, depuis 1999, à celle du plus sauvage des comédiens français, le Mesrine de ces dames, Vincent Cassel. En mai 2010, Monica Bellucci donnait naissance à Léonie, le second enfant d'un couple que les mauvaises augures de la presse à scandales clamait si souvent savoir se déchirer. Les deux stars ont toujours joué, dans le domaine du privé, la carte de la discrétion, un choix qui semble, jusque là, leur avoir réussi. Pour Monica, cela implique quelques règles à suivre. Elle avoue : «  Je me

cache, et je ne vais pas en vacances à Saint-Tropez… Il y a toujours des moyens, car s’ils veulent, ils te trouvent sans problème, mais j’ai une vie assez tranquille, et puis c’est une question de caractère. Je ne suis pas trop soirées, fêtes... Je n¹ai rien contre ça, mais je préfère être sur un plateau, tourner... Avec tout le côté “ people ” autour de la sortie d’un film, si ma vie privée et mon couple, étaient médiatisés, que me resterait-il ? »

 

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« Rien à faire d'être prise au sérieux ou pas : je fais ce que j'ai envie de faire ! »

 

A la croisée des chemins

 

Elle se souvient : « J'avais lu une interview où Marcello Mastroianni racontait un rêve : il arrive un jour à Cinecittà, il n'y trouve personne, juste un mec assis au bar qui ne lui dit même pas bonjour. Il rentre dans un tout petit studio, avec une si petite porte qu’il doit se baisser tellement l'endroit est minuscule. Il finissait par dire qu'il avait réalisé combien le cinéma italien était devenu petit : lui-même ne pouvait plus rentrer dedans ! » Des années que Monica Bellucci a quitté son Italie natale pour tenter et réussir une carrière internationale. Depuis, elle ne cesse de faire, artistiquement, des allers retours entre son pays d'origine (le récent L'Amour a ses raisons aux côtés de Robert de Niro) et Hollywood (L'Apprenti Sorcier avec Nicolas Cage, le très attendu The Whistleblower avec Rachel Weisz...). En attendant un nouveau rôle majeur qui redonnerait un peu de piquant à la carrière d'une comédienne qui physiquement, n'en manque pas, l'incursion chez Garrel, si elle réussit, a toutes les chances de redorer le blason d'une actrice parfois mal servie, il est vrai, par des choix infructueux. Filant avec élégance vers la cinquantaine, Monica Bellucci, deux décennies après être partie à l'assaut cinéma, est à nouveau à la

croisée des chemins. Égérie indolente pour blockbusters ostentatoires ou comédienne inspirée en quête de rôles plus consistants ? Réponse prochainement sur vos écrans.

 

« J’ai une vie assez tranquille, je me cache, et je ne vais pas en vacances à Saint-Tropez… »

 

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