Interviews / Portraits
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Elsa Zylberstein : « J’aime l’énergie de New-York et Los Angeles ! »

 

 

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso

 

Presque vingt ans de carrière et un enthousiasme toujours intact. Comédienne à « 300% », Elsa Zylberstein poursuit son métier avec foi et énergie, inlassablement curieuse d'elle-même et des autres. Bientôt à l'écran dans deux comédies, JC comme Jésus Christ et Plan de table, elle nous livre son sentiment sur son métier et nous dit tout sur ses aspirations, ses exigences et de son incapacité à voyager léger !

Après Les Tribulations d'une caissière, le public va vous retrouver dans JC comme Jésus Christ et Plan de table, deux comédies. Un genre dans lequel vous vous sentez à l'aise?

 

Elsa Zylberstein : C'est le fruit du hasard. J'ai toujours aimé les comédies élégantes, efficaces, pas vulgaires. En réalité c'est difficile - surtout pour une femme - de trouver de bons rôles comiques. Julia Roberts, aux États-Unis, est par exemple une comédienne qui a eu la chance de tourner dans de très bonnes comédies. J'aimerais aussi trouver un rôle à la Bridget Jones, mais en France, ce n'est pas chose facile...

 

« Je rêve de quelque chose d’aussi bien que l’Arnacoeur ! »


 modigliani 2004b

 

Les comédies marchent de mieux en mieux, est-ce un « produit » qu'on sollicite auprès de son agent, des scénaristes ?

 

E.Z. Pas spécialement. Et puis, les vraies, les bonnes comédies ne sont pas si fréquentes que cela. J'ai trouvé Intouchables remarquable. Il y a plein de gens en France qui signent de jolies choses, mais pas encore assez. J'avais tourné, il y a quelques années de cela, Tenue correcte exigée avec Philippe Lioret, puis L'Homme est une femme comme les autres : plutôt des comédies romantiques. J'aime Shirley MacLaine et les personnages de comédie chez Billy Wilder ou Frank Capra. Je me sens proche d'une Katharine Hepburn. Je sais que j'ai ce talent-là. Le réalisateur Oliver Nakache me disait récemment : « Je sens que tu as le « truc » de la comédie ». Maintenant, il faut trouver le bon projet. Je rêve de quelque chose d'aussi bien que L'Arnacoeur !

 

 tenue correcte exigee 1996

 

Vingt ans de carrière déjà ! Un bilan ?

E.Z. C'est marrant, être actrice, ça correspond à la femme qu'on est. A chaque période de sa vie, il y a des films qui s'imposent. J'en retire que je n'en suis qu'au début, que j'ai encore plein d'envies, comme si je n'avais jamais vraiment « travaillé » : j'ai l'impression d'avoir juste bâti les fondations d'une grande maison! Il y a eu de superbes rencontres avec Lioret, Dugowson, Masson, Vincent, Claudel... Je suis prête pour des rôles forts. J'en ai déjà eu et je n'attends que de revivre de grandes émotions en tant qu'actrice. Plus vous avancez, plus vous êtes riche intérieurement et cela se sent dans ce que vous proposez à l'écran. Philippe Lioret, j'aimerais beaucoup le retrouver. J'ai l'impression que chaque réalisateur, aujourd'hui, met en lumière quelque chose de moi que je n'avais pas vu auparavant. J'en envie d'aborder la violence, la folie, la force... Quand j'ai vu Polisse, par exemple, je me suis dit que j'aurais vraiment aimé être de l'aventure.

 

« Je me sens actrice à 300 % !»


 jinvente rien avec kad merad 2006

 

Jamais eu envie de jeter l'éponge ?

 

E.Z. Non, je suis fascinée par ce que je fais. C'est un métier sans train-train, sans habitude. Il y a des hasards, des « accidents », des rencontres tout le temps. C'est ce qui le rend captivant et aussi angoissant parfois. Bien sûr qu'il arrive de me décourager. Mais j'ai une foi en moi qui reste très solide. Je me sens actrice à 300%. Je ne me verrais pas faire autre chose.

 

Êtes-vous accro au métier d'actrice ?

 

E.Z. Complètement ! Se lever le matin pour aller sur un tournage, traîner le soir dans les coulisses d'un théâtre, j'adore ça ! Mais être actrice, ce n'est pas forcément mener une vie drôle ou différente en parallèle. Il faut être très sérieux, surtout par rapport à soi-même.

 

Vous imposez-vous donc une certaine hygiène de vie ?

 

E.Z. Je fais du sport tous les jours, des pilates. Je bois beaucoup de thé dans la journée, un peu de vin le soir. Bref je dévore la vie et je suis très épicurienne ! Maintenant, je dois avouer que ne suis pas très « soins » : enfiler un peignoir en coton et des claquettes en plastique pour aller me faire masser, cela m'angoisse à crever : je préfère être au café ou autour d'une bonne table à discuter avec des amis que passer mes journées dans un institut à manger des poireaux !

 

« Je suis très épicurienne : je préfère être au café ou autour d'une bonne table à discuter avec des amis que passer mes journées dans un institut à manger des poireaux ! »


 un baiser papillon 3 2010

 

Êtes-vous une comédienne très sollicitée ?

E.Z. On me propose des films, oui, mais depuis un an, je développe aussi des projets que je génère. J'aime bien l'idée d'être à l'origine des longs-métrages : chercher des livres qui feraient de beaux projets, aller à la rencontre de scénaristes... Je ne me « vends » pas mais j'aime aller vers les cinéastes qui, je le sens, vont m'apporter quelque chose. C'est comme une rencontre entre un homme et femme, il faut qu'il y ait un « bon » moment. J'aimerais pouvoir travailler avec Xavier Giannoli ou Arnaud Desplechin, mais il ne faut pas forcer les choses : le cinéaste devine quand c'est le moment idéal de vous faire tourner et ce sont eux les seuls décisionnaires.

 

Quelques mots sur votre rôle dans Plan de table ?

 

E.Z. Je joue la femme de Franck Dubosc, une grande bourgeoise qui s'ennuie. Je me suis très bien entendu avec lui et nous avons formidablement travaillé ensemble. Mais ce ne fut pas simple car il s’agit d’un film choral avec, au départ, une partition bien définie. L’histoire a lieu lors d'un repas de mariage et les événements sont distillés selon les différents points de vue des invités. Une mécanique très fine, assez difficile à tourner. C'est un premier film étonnant, signé Christelle Raynal, qui va surprendre son monde.

 

Vous n'avez pas souvent tourné à l'étranger...

 

E.Z. Il y a eu le Modigliani avec Andy Garcia. J'en garde un souvenir merveilleux. J'aimerais retrouver un rôle comme celui-là, une grande histoire d'amour, une histoire forte. Mais je ne me dis pas que je vais aller tourner ailleurs pour le plaisir du dépaysement. C'est, là encore, une question de rencontre. Quand je vois Antichrist de Lars Von Trier, ça me donne envie de partir au Danemark pour pouvoir tourner avec lui, pas pour voir du pays ! Je ne vais pas aller aux États-Unis pour tourner dans une m...

 

Êtes-vous une grande voyageuse ?

 

E.Z. Je pense que lorsqu'on bouge beaucoup, tout bouge autour de soi. C'est ma théorie. Je vais souvent à Los Angeles et à New York. J'ai besoin de voir le monde d'un avion, de voir ce qui se passe ailleurs, d'avoir d'autres envies, de rencontrer d'autres gens, de voir d'autres lumières... C'est très positif de voyager. Et le monde est bien plus large et beaucoup plus « fun » qu'on le pense !

 

« A New-York ou Los Angeles, je ressens cette même liberté… »


monsieur n 2003


Votre dernier voyage ?

 

E.Z. J'ai du mal avec les « vraies » vacances. J'étais récemment à l'Île Maurice, où j'ai dévoré pas mal de bouquins, dont le superbe Les Souvenirs de David Foenkinos. J'avais pas mal travaillé cette année, au cinéma et au théâtre, du coup j'étais tout de même contente d'être en vacances. Mais, fondamentalement, j'aime les villes. J'étais à Los Angeles cet été et, encore une fois, cela m'a ravi. C'est une ville pleine d'énergie. Je mène ma petite existence, je vois des gens, je lis beaucoup car je n'ai hélas pas beaucoup le temps de lire à Paris.

 

Plutôt New York ou Los Angeles ?

 

E.Z. Ce sont deux endroits très différents. New York est une ville très combative. Il y a toujours ce côté « tout est possible » qui me donne la pêche. Et c'est une ville où les habitants sont très cultivés. A Los Angeles, il y a ce paradoxe extraordinaire : alors que culturellement, ils sont un peu au niveau zéro, ils sont très sensibles, ouverts au talent. Que ce soit à New York ou Los Angeles, je ressens cette même liberté. J'y vis selon mes désirs. J'y vais pour faire ce que j'ai envie, sans avoir de comptes à rendre à personne. New York et moi, c'est une longue histoire : la première fois que j'y suis allée, j'avais dix-huit ans. J'y suis partie toute seule... Parfois Paris est déprimant, lourd à vivre, malgré ses côtés merveilleux.

«  Je rêve de découvrir le Brésil, Cuba, le Vietnam ou le Pérou… »

Partez-vous sur un coup de tête ?

 

E.Z. Non, au contraire, et j'ai beaucoup de mal à le faire. Ce sont des gens ou des films qui m'emmènent ailleurs. Il y a pourtant pleins de pays que je rêve de découvrir : le Brésil, Cuba, le Vietnam, le Pérou... Modigliani, nous l'avions tourné en Roumanie. Bucarest, ce n'est pas une ville forcément géniale, mais, grâce au groupe et à l'ambiance, j'en garde un souvenir extraordinaire.

 

Voyagez-vous léger ?

 

E.Z. Non et j’en suis incapable, c'est une véritable angoisse : la valise, je la fais en deux minutes mais j'en prends toujours quinze fois trop. J'aimerais savoir partir avec juste un sac et deux pantalons mais je me retrouve systématiquement avec des surplus de bagages, je paye les surtaxes, c'est un cauchemar ! Je suis quelqu'un qui me charge énormément et qui s’angoisse de ne pas avoir pris assez : en voyage, comme dans la vie, j'amasse énormément !

 

 

JC comme Jésus Christ de Jonathan Zaccaï avec Vincent Lacoste, Aure Atika... Sortie le 8 février.

Plan de table de Christelle Raynal avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy... Sortie le 25 avril.

 
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