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Audrey Tautou 

 

L’élégance à la française…

 

Par Jean-Pascal Grosso

 

Révélée par Venus beauté (Institut), adulée pour Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, starisée grâce au Da Vinci Code, elle vient d’embrasser avec Coco avant Chanel son premier grand rôle historique, celui d’une femme libre qui a révolutionné le monde de la mode et sans doute aussi un peu son époque. Derrière tous ces personnages, une comédienne parmi les plus courtisées mais les plus aussi discrètes du cinéma français : Audrey Tautou. Portrait.


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Edmonde Charles-Roux, auteur de L'Irrégulière, biographie dont la réalisatrice Anne Fontaine s'est inspirée pour son Coco avant Chanel, dit d'Audrey Tautou : « Chanel l'aurait adorée ! ». La jeune comédienne, elle, confesse avoir « le même désir d'indépendance, de liberté » que l'illustre styliste de la « silhouette neuve ». Deux femmes. Deux époques. Et, par dessus tout, deux symboles - dans deux domaines bien distincts sans pour autant être étrangers - d'une élégance « à la française ».

 

« Je reste muette comme une tombe lorsqu’il s’agit de ma vie privée. Je ne lâcherai jamais rien ! »


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De son Auvergne natale à Hollywood…

Audrey Tautou, née à Beaumont, Puy-de-Dôme, en 1976, s'est forgée une réussite digne d'un roman du XIXème : splendeur sans misère d'une « mignonne » qui ne se voyait pas courtisane. Elle confesse : « Je suis incapable d'user de mes charmes ». Pourtant, au fil d'une courte mais déjà intéressante carrière, elle s’est déjà mise dans la poche des pointures comme Alain Resnais, Stephen Frears ou Ron Howard. Rien que ça ! Exilée à Paris dans l'espoir de devenir actrice, encouragée, repérée, dévoilée, puis césarisée, la brunette limite diaphane exporte aujourd'hui, à l'instar de très rares consoeurs (Béart, Cotillard...), les couleurs de la France par-delà l'Atlantique ou la mer du Japon. Star internationale depuis le succès d'Amélie Poulain, confirmée à Hollywood par l’indigeste Da Vinci Code, Audrey joue comme un paradoxe la carte de la discrétion. La presse lui prête un temps une liaison avec « M » alias Mathieu Chédid. Elle n'en dira pas plus : « Je reste muette comme une tombe lorsqu'il s'agit de ma vie privée. Je ne lâcherai jamais rien. » Au delà du mystère Tautou et des secrets d'une jeune femme qui transforme - Midas coiffé à la garçonne -chacun de ses rôles en or, portrait d'une comédienne devenue, au hasard de rencontres, de heureux coups du sort mais aussi d'un sens du travail vertueux, une actrice respectée dans le petit cerclé des actrices françaises qui « comptent ».

 

« J’ai choisi ce métier pour faire du cinéma, pas pour la frime… »


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Audrey comme Hepburn…

Fille d'un chirurgien dentiste et d'une enseignante, élevée du côté de Montluçon, Audrey Tautou, Bac mention « Bien » en poche, pensait d'abord devenir primatologue. Une vocation liminaire que lui prêtent différents biographes. Baptisée Audrey en hommage à la grande Hepburn (ce que ses parents lui confieront bien des années plus tard), la jeune provinciale rêve d'une toute autre carrière : « monter à la capitale » dans le pur style balzacien et y tenter sa chance comme actrice. Elle passe par la case Florent, les fameux cours ayant encore, à l'époque, le vent en poupe. « J’ai choisi ce métier pour faire du cinéma, pas pour la frime », se souvient-elle. « Bien sûr, le succès aidant, vous recevez des propositions de tournages du monde entier. Pouvoir choisir ses rôles, c'est le luxe absolu pour un acteur. Ensuite, revenu à la réalité, fini l'anonymat. Pas grave : j'aime bien me cacher… ». Grande voyageuse, on la croise, amoureuse, du côté de Valparaiso, ou en compagnie de sa soeur, en balade version « routarde » en Indonésie, où, malgré le carton international d'Amélie Poulain, personne ne la reconnaît !

 

« Nous avons des réalisateurs merveilleux »

 

Un lien affectif avec le public

Son succès, Audrey le doit avant tout à ce rapport quasi-sentimental et assez exceptionnel qu'elle a entretenu dès le départ non seulement avec les metteurs en scène français qui eurent la bonne idée de lui faire confiance, mais aussi avec un public qui l'adopta dès ses début. « Le cinéma français ne se porte peut-être pas exceptionnellement bien », expliquait-elle à l'époque d'Un Long dimanche de fiançailles, « mais il est encore capable de produire de grands projets. Nous avons des réalisateurs merveilleux – peut-être pas aussi célèbres que Steven Spielberg – mais ils m'apportent tous tellement de plaisir. » Parmi ses « bienfaiteurs », retenons la pétillante Tonie Marshall (Venus beauté (Institut)), le sagace Jean-Pierre Jeunet (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Un Long dimanche de fiançailles), le gentil Cédric Klapisch (L'Auberge espagnole, Les Poupées russes), l'impétueux Pierre Salvadori (Hors de prix) ou encore le regretté Claude Berri (Ensemble, c'est tout). Des collaborations qui auront eu pour conséquence d'attiser la curiosité du petit monde du cinéma, y compris du côté des grands studios hollywoodiens.

 

« Hollywood n’a pas besoin de moi ! »


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Le charme opère aussi aux USA…

La bouille espiègle d'Audrey Tatou en gros plan sur l'affiche d'Amélie Poulain, succès historique du cinéma de « qualité française », assenée ad nauseam au public hexagonal, film ultra médiatisé, quadruplement césarisé, fait donc naturellement se demander aux pontes d’Hollywood qui peut bien être cette petite française capable de faire se pâmer la France dans un Montmartre d’un autre temps. Sa prestation - en anglais, s'il vous plaît -, dans un film beaucoup plus sérieux signé Stephen Frears, Dirty Pretty Things, en 2002, enfonce le clou : qui est cette frenchie, capable de jouer les immigrées turques devant la caméra d'un éminent metteur en scène britannique ? La presse étrangère lui prête des origines « exotiques », trop brune, trop parfaite dans son rôle de « sans-papier » pour coller à l'habituel et indéboulonnable cliché « béret-baguette » sur lequel Jean-Pierre Jeunet avait su si habilement surfer. « C'est vrai », sourit l'intéressée, que « tout le monde me trouve des origines ethniques ». Pour certains, elle viendrait d'Afrique du Nord, pour d'autres, elle serait asiatique. « Mais je peux vous garantir que je suis à 100% française ! » s’amuse-t-elle. Les sirènes d’Hollywood se mettent donc à retentir et les scénarii à affluer, mais rien de transcendant pour la très sélective Audrey : « Hollywood n'a pas besoin de moi ! », conclue la  comédienne. « Après Amélie, j'ai reçu de nombreuses propositions mais rien qui ne m'intéresse vraiment. J'ai beau avoir des goûts éclectiques, j'ai envie de quelque chose de subtil, de sensible, d'intelligent ». Et puis arrive Dan Brown et son Da Vinci Code, grand Cluedo ésotérique qui fait jubiler les amateurs de mystères sulpiciens et bouffer leur missel aux  « public relations » papistes. Audrey adore le bouquin - « Je m'étais tellement identifiée à son héroïne au point d'en rêver la nuit ». Et avec Ron « Apollo 13 » Howard aux commandes et Tom Hanks comme co-équipier dans cette enquête anticléricale délibérément capilotractée, Audrey Tautou ne pouvait qu'accepter. Bien vu : Da Vinci Code a rapporté au final 754 millions de dollars, s'imposant comme l’un des plus gros succès de l'histoire du cinéma !

« Je ne sais pas ce que je ferai demain, être actrice ou faire autre chose, pour moi demain est la promesse de découvertes infinies ! »

 

Comédienne discrète donc, qui distille désormais ses entrevues au compte-gouttes, Audrey Tautou défendait âprement, il y a peu encore, la créatrice mythique de la rue Cambon qu'elle incarne, avec sobriété, à l'écran. « Chanel avait ce désir de ne pas être sous la coupe d'un homme, de ne pas se laisser dominer. C’était quelqu'un de très courageux. Se débarrasser du corset ? Plus qu'un effet de mode, c'était le désir de libérer concrètement la femme ». Minois toujours guilleret, mais féminité désormais éclose, affichée, la nouvelle Audrey Tatou brille d'une candeur et d'un charme éclatants. Coco Chanel ? un nouveau rôle a accrocher au tableau d'honneur d'un parcours « presque » sans faute (qui se souvient aujourd'hui réellement de ses compositions dans Le Libertin, Dieu est grand, Je suis toute petite ou encore Les Marins Perdus ?). Quant à la suite, rien encore d'inscrit sur les tablettes de l'actrice... Après le film d'Anne Fontaine, une nouvelle page se tourne, à écrire encore, mais pas forcément sur les plateaux de cinéma. « Je ne sais pas ce que je ferai demain. Je vois l'avenir comme une source de tant de possibles. Etre actrice ou faire autre chose... Pour moi, demain est la promesse de découvertes infinies ». On ne la démentira pas.

 

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