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Marion Cottillard

Une frenchie à la conquête d'Hollywood...


Par Jean-Pascal Grosso

Du premier volet de Taxi à Inception, le dernier film du réalisateur de Batman Begins, Christopher Nolan, c'est une conte de fée digne d'un blockbuster hollywoodien qu'a vécu Marion Cotillard. Depuis La Môme, la France l'adule, l’Amérique n’est pas en reste et voudrait bien la garder pour elle toute seule. Pas facile de concilier exigences cinématographiques et sirènes hollywoodiennes, mais pour l’instant, Marion a le vent en poupe et compte bien en profiter !

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 « Dans mon adolescence, je suis passée comme tout le monde par des moments très difficiles. Je me mettais un point d'honneur à être une rebelle pure et dure, une anti-pétasse absolue... Aujourd'hui, je trouve ce type de comportement débile, mais je suis passée par cette étape-là... » Oubliée donc la révolte adolescente et le style grunge. Si vous demandez aujourd'hui à un Américain qui représente à ses yeux le summum du chic français, il vous répondra à coup sûr Marion Cotillard. Après Simone Signoret, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Isabelle Adjani, c'est elle, aujourd'hui, qui a repris le flambeau de l'exotisme hexagonal, qui fait toujours fantasmer les chroniqueuses de mode et les metteurs en scène en mal de nouvelles égéries outre-atlantique.

 « Adolescente, je mettais un point d'honneur à être une rebelle pure et dure, une anti-pétasse absolue... »

Plébiscitée, oscarisée puis starisée, Marion - métamorphosée par La Môme, la bio « chromo » de Piaf - est finalement partie taquiner les étoiles. Amoureuse de Johnny Depp dans le peu convaincant Public Enemies, protégée par Guillaume Canet - son compagnon à la ville - dans Le Dernier Vol, errance saharienne ensablée par ses résultats décevants au box-office, et récemment, épouse délaissée de Daniel Day-Lewis dans la comédie musicale Nine, elle est aujourd’hui à l'affiche de Inception, ambitieux thriller fantastique dans lequel elle partage l'affiche à Leonardo DiCaprio himself. Ca en fait du chemin depuis le premier épisode de Taxi.... !

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La comédie dans la peau

« Je sais ce que c'est que de manger des patates un jour, du caviar le lendemain, et à nouveau des patates la semaine suivante... » Non pas que Marion Cotillard ait particulièrement connu, durant sa carrière, des années de vache maigre, mais fille de comédiens de théâtre, elle a pu enfant, goûter concrètement aux bonheurs mais aussi aux désillusions de ce métier souvent bohème. Elle grandit, dit-elle, « entourée d'adultes qui, pour moi, faisaient des choses extraordinaires » et ne s'imagine embrasser une autre carrière. Un premier prix au Conservatoire d'Orléans, fréquenté sur les conseils de maman et obtenu, souligne la future star, « sans aucun piston », concrétise un peu plus ses désirs professionnels. Ensuite, c'est le passage obligé, la fameuse « montée à Paris » : un rôle dans un des premiers longs-métrages de Philippe Harel, un passage raté chez Coline Serreau, un autre – furtif - chez Arndaud Desplechin… A cette époque, premières déconvenues : Marion réalise la difficulté de percer dans le métier. « J'étais dans une période de flou » se souvient-elle. La lumière viendra de Luc Besson qui, séduit par son caractère fort-en-gueule (durant son audtion, elle n'hésite pas à dénigrer les superproductions face au réalisateur de Jeanne d'Arc et du Cinquième Elément !), lui offrira l'unique rôle féminin du premier Taxi. Le succès est au rendez-vous, les suites aussi...

 « Je sais ce que c'est que de manger des patates un jour, du caviar le lendemain, et à nouveau des patates la semaine suivante... » 

Décidée à ne pas rejoindre la cohorte habituelle des starlettes à durée déterminée, la jeune comédienne décide de varier les genres : une fresque napoléonienne, La Guerre dans le Haut-Pays, une adaptation plébiscitée d'un roman de Virginie Despentes, Les Jolies Choses, un film noir nébuleux et réussi, Une Affaire Privée, puis Jeux d'enfants, conte moderne et doucereux avec Guillaume Canet. Pourtant, malgré les cartons monumentaux des différents Taxi et ses choix aussi courageux qu'avisés, sa carrière stagne. A tel point qu'à l'horizon de 2002, voyant ses consoeurs Audrey Tautou ou Cécile de France s'envoler vers les hautes sphères de la gloire, Marion, découragée, s'apprête à jeter l'éponge. Elle ne se sent plus en accord avec son métier d'actrice et veut alors oeuvrer pour Greenpeace. Mais le salut viendra de l'Amérique...

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Et le salut vint de l’Amérique…

D'abord, il y eut Tim Burton et son émouvant Big Fish, en 2003. « Dès que je l'ai rencontré, j'ai su que le rôle était pour moi » se remémore Marion Cotillard « C'était un tournage à la fois rigoureux et humain (...) Même si je n'aime pas ce mot, c'était assez parfait ! » Un rôle de femme trompée qui sera pour elle comme une épiphanie. Le miracle se produit : son rôle de femme vengeresse dans Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, inspiré d'un roman de Japrisot, lui permet de décrocher le César du meilleur second rôle féminin en 2005. Certes, le public ne se souvient aujourd'hui plus guère des films qui suivront (Edy, un polar avec François Bérléand, Toi et Moi, comédie kitsch avec Julie Depardieu, La Boîte noire, thriller avec José Garcia...), tant le succès planétaire de La Môme, le film d'Olivier Dahan sorti en 2007, a fait table rase sur un trajet pourtant d'une richesse indéniable. Une Bonne Année, sorti un an avant, malgré la réalisation de Ridley Scott, cette fois peu inspiré, et la présence à l'affiche de Russel Crowe, passe également à la trappe. Le bulldozer Piaf a tout emporté sur son passage, transformant d'un coup de baguette filmique Marion Cotillard en icône cinématographique. Là voilà désormais presque citoyenne d'honneur à Hollywood, sollicitée par les plus grands metteurs en scène.

 « Je me sens bien en Californie… Il y a le soleil, le Pacifique, les collines… Et la Californie est une bonne élève en écologie ! »

L'immense Michael Mann (Heat, Ali...) fait appel à elle pour son très masculin Public Enemies. Face à elle : Johnny Depp et Christian Bale. « Je me sens bien en Californie » expliquait-elle récemment. « Il y a le soleil, le Pacifique, les collines... Et la Californie est une bonne élève en écologie ». L'Orléanaise se retrouve à croiser George Clooney, Meryl Streep, mais garde la tête froide. Devenue égérie de Dior, elle tourne avec Guillaume Canet Un Dernier vol, film d'aventure boudé par le public, puis chante dans Nine, comédie musicale où elle se retrouve l'égale de Nicole Kidman ou de Pénélope Cruz. « Mes parents m'ont toujours dit que lorsqu'on désire quelque chose, on est en droit de tout faire pour l'obtenir. Tant que cela ne fait de tort à personne. »

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Marion écolo, Marion boulot !

Très engagée sur le front écologique, elle éclate de rire lorsqu'on lui demande si jamais elle a pensé à une carrière politique : « Je suis plus utile là où je suis ! » conclut-elle. L'époque où Marion Cotillard réglait leur compte, dans des interviews à bâton rompu, à des réalisateurs peu scrupuleux ou à des producteurs plus attirés par le profit que le respect des artistes, semble néanmoins révolue. Tandis qu'elle joue à fond la carte du talk-show aux Etats-Unis, face à Craig Ferguson ou Ophrah Winfrey par exemple, la presse française s'est plainte de sa tiédeur de la présentation, à Paris, de Nine. « En Amérique, la langue crée une distance qui me rend plus légère » se défend l'intéressée. Mais Marion Cotillard ne s'est pas pour autant muée en pin-up pour tapis rouge, sourire ripoliné et robe griffée de mise.

« Je fais des films avec des gens, pas avec des pays : il y a de nombreux réalisateurs avec qui j'aimerais travailler aux Etats-Unis, mais c'est également le cas au Japon ou en Espagne ! »

Elle travaille activement, occupée à sa carrière hollywoodienne. Si sa participation au prochain film choral de Guillaume Canet, Les Petits Mouchoirs (un casting de rêve : Dujardin, Cotillard, Magimel, Canet...) attise déjà la curiosité des critiques et du public, que dire de son rôle dans Contagion, un thriller signée Steven Soderbergh (la série des Ocean's Eleven...) avec Matt Damon et Jude Law ou encore Midnight in Paris, le prochain Woody Allen, qui lui fera croiser le chemin d'Owen Wilson et de Carla Bruni ? « Je fais des films avec des gens, pas avec des pays » explique-t-elle. « Aux Etats-Unis, il y a de nombreux réalisateurs avec qui j'aimerais travailler, mais c'est également le cas au Japon ou en Espagne. Je me fiche du pays d'origine. Ce que je veux, c'est rester fidèle à mes envies et ne trahir personne ». La France, en tout cas, s'est trouvée une fabuleuse ambassadrice de charme à l'étranger, et ce n’est plus si fréquent !

 

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