Share

Angelina Jolie

AMAZONE CHIC

Par Jean-Pascal Grosso

 

Eternelle rebelle glamour, fille du comédien John Voight, incontournable compagne de Brad Pitt à la ville, Angelina Jolie collectionne les succès comme jadis les couteaux, les tatouages et les cicatrices ! Maman modèle, comédienne engagée, icône hollywoodienne, elle revient donner le tournis à un Johnny Depp dépassé dans The Tourist, le remake d'Anthony Zimmer, thriller de 2005 avec Sophie Marceau. 

angelina jolie 2

Physique d'amazone post-moderne, belle gueule lippue sur froideur aryenne, talentueuse par atavisme, philanthrope par conviction, oscarisée, ultra-médiatisée, Angelina Jolie ne semble plus avoir grand chose à prouver à Hollywood. A 25 ans à peine, elle remportait un Screen Actor Guild Award et deux Golden Globes. Dix ans plus tard, adoubée entre temps par Clint Eastwood dans L'Echange (Dirty Harry, passé vieux sage à toute épreuve du système hollywoodien, dit d'elle : « Elle a une grande éthique dans le travail et est très intelligente. Je me réjouis déjà de ce qu'elle va faire (...) Je sais qu'elle sera difficile à arrêter ! »), la voilà papillonnant entre longs-métrages plutôt ambitieux (le captivant Raison d'état, Un Coeur invaincu...), films de castagne à crédibilité limitée (Wanted : choisis ton destin, Salt...) et blockbusters d'animation auxquels elle prête fructueusement sa voix ( Le Gang des requins, Kung-Fu Panda...). Le public suit. Au box-office mondial, les chiffres s'envolent, dépassant, le plus souvent, la barre des 200 millions de dollars. De quoi s'enfermer dans une tour d'ivoire du côté de Malibu et finir en mythe flétri à la Sunset Boulevard. Mais, forte tête aujourd'hui légendaire, Angelina Jolie en a décidé autrement : si madame voyage, de Haïti à la Tanzanie, de Beyrouth à New Delhi, du Pakistan à la Colombie, ce n'est pas par pour les lounges « First Class ». Dans la vie, cette maman de six enfants – dont quatre adoptés – a décidé de voler au secours des plus démunis et des opprimés. Pour de vrai ! Et Brad, lui, suit, donnant l'irrépressible impression, dans leur couple décortiqué à satiété, de ne pas vraiment « porter la culotte »...

angelina jolie 4

Naissance d'un phénomène 

Angelina apparaît pour le première à l’écran à l’âge de sept ans dans Looking to Get Out, expérience qu’elle ne réitérera que treize ans plus tard avec le peu recommandable Cyborg II (1995). La même année, l’amateur de nanar la retrouve dans Hackers. Durant le tournage, elle s’entiche de John Lee Miller (Le « sick boy » du culte Trainspotting), son partenaire à l’écran. Le mariage durera trois ans. Le jour de la cérémonie, elle portait une chemise blanche sur laquelle le nom de l’élu de son cœur était inscrit en lettres de sang. Son propre sang... Contre toute attente, et après une tripotée de séries B sans gloire au cinéma, la reconnaissance viendra de la télévision. Produit par la chaîne câblée américaine HBO, Gia retrace l’existence tragique de Gia Carangi, super-model des années 80, lesbienne active et junkie notoire, morte du sida et dans le dénuement total en 1986. Au départ, Angelina refuse le rôle, perturbant à souhait, de cette égérie new-yorkaise sacrifiée sur le bûcher des vanités. Raison invoquée : « Je croyais que ça allait me rendre dingue ». Elle finit par accepter, trouve d’abord son personnage haïssable. Lors d’une scène d’amour saphique (« Je ne suis pas lesbienne, mais il m’arrive souvent d’être attirée par des femmes »), elle est si angoissée de ne pas atteindre la perfection qu’elle finit par se vomir dessus ! En fait, l’ex-ado sauvage et un brin névrosée aura profité de cette bio tourmentée pour mettre à jour ses penchants bisexuels. Un sondage a indiqué qu’elle était l’actrice avec laquelle les femmes hétéros américaines préféreraient faire l’amour... Sa composition dans Gia lui rapporte un Golden Globe. Le premier de sa carrière.

angelina jolie 1

Une jolie môme pas comme les autres… 

Angelina poursuit donc sa carrière d’actrice bille en tête. On la voit aux côtés de David « X-Files » Duchovny dans Playing God, draguer l’adonis Ryan Philippe sur l’échiquier amoureux de Playing by Heart ou encore Billy Bob Thorton, l'ex-homme de sa vie, dans Les Aiguilleurs. En majorité, des bides… Ancienne élève de l’école Lee Strasberg à New-York, ex-mannequin (« Je m’y suis essayé vers mes quinze ans, mais il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas : trop petite, trop de cicatrices, trop grosse… »), Angelina raconte alors à la presse qu'elle élève un iguane qu’elle prénomme Vlad, en hommage au vrai comte Dracula et un serpent, rebaptisé Harry Dean Stanton, du nom du comédien de Paris, Texas ! Elle a plusieurs tatouages sur le corps, de quoi rendre fous certains réalisateurs qui exigent qu’elle les cachent (« Le plus souvent, je refuse de bosser avec eux! ») : le mot « Mort » en japonais sur l’épaule, un dragon sur le bras droit, « Ce qui te nourris te détruis aussi » au niveau du bas ventre, etc.… Une passion quelque peu encombrante qui lui vient d’un voyage aux Pays- Bas : « Un soir, à Amsterdam, je me suis retrouvée le pantalon baissé dans un salon de tatouage. Au petit matin, j’avais un dragon à la langue bleu sur la hanche. J’ai vite déchanté. Je me suis faite tatouer une croix à la place. Avec un pantalon à taille basse, cela donne l’impression que je porte un couteau sur moi ». Ce qui rappelle son goût prononcé pour les sabres et autres armes blanches depuis l’enfance... Sinon, elle est gauchère, rêvait, un temps, de diriger un hôtel en Amérique Centrale, sait danser le tango, aime la cuisine française et déteste perdre sont temps, dixit, « à enculer les mouches » ! Feu John Frankenheimer (French Connection 2, Ronin…) qui l’a dirigée dans George Wallace, un téléfilm à succès produit par TNT pour lequel elle aura obtenu son second Golden Globe, ne tarissait plus d’éloge à son sujet, jeune comédienne à la fois émergeante et à la réputation déjà sulfureuse : « Le monde est plein de jolies filles, mais aucune ne lui arrive à la cheville. Angelina est pleine d’humour, honnête, intelligente, belle, et divinement talentueuse ». La comédienne, elle, préférera jouer la carte de l'humilité : « Finalement, je serai toujours la même : une gamine punk avec des tatouages! »

angelina jolie 3

Rebel with a cause…

Que sait-on d'Angelina Jolie aujourd'hui? A peu près tout. Les tabloïds se repaissent de ses escarmouches sentimentales (« Brad va-t-il jeter l'éponge? Jennifer prépare-t-elle sa revanche?...), les « geeks » de sa moue sculpturale dans des nanars à gros budgets allant droit à leur coeur de combattants en réseaux, les critiques louent ses tentatives dans le cinéma dit « sérieux », tandis que les femmes admirent son côté battante et Madone des spotlights. Car Angelina Jolie, une fois les moteurs des caméras coupés, ne cesse pas de passer à l'action. C'est lors du tournage au Cambodge de Lara Croft : Tomb Raider, en 2001, qu'elle se rend dans un camp de réfugiés. Une épiphanie pour la star qui, les pieds dans la gadoue et la misère humaine jusqu'au cou, découvre un univers aux antipodes des outrances de grands studios : « J'étais complètement dépassée » confesse-t-elle. « Je pleurais en permanence. Je me sentais coupable d'avoir réussi. J'étais si révoltée devant tant d'injustices que je n'arrivait pas à avoir les idées claires. Et puis j'ai réalisé que mes larmes n'avançaient à rien. Alors, j'ai commencé à réfléchir à la manière dont je pouvais venir en aide à ces populations. J'ai découvert que je pouvais être utile. Cela m'a ouvert les yeux sur le monde ». Dès lors, la star se meut en passionaria de toutes les causes, sous la bannière du Haut Commissariat pour les Réfugiés de L'ONU, dont elle devient rapidement ambassadrice de bonne volonté. Une philanthropie à tous crins, qui, certes, fera jaser les mauvaises langues, allant même jusqu'à lui monter à la tête – au sujet de la turbulente Megan Fox, héroïne des deux Transformers, elle croassera : « Aide-t-elle l'Afrique ? Siège-t-elle aux conférences de Nations Unies ? Se bat-elle au moins pour autre chose que sa place à Hollywood ? » -, mais dont on ne peut éluder certaines réalités chiffrées en lourd : 1 million de dollars versés avec Brad Pitt pour Haïti, 100.000 pour le Pakistan où elle s'est rendue peu après les terribles inondations de juillet 2010... Du Tchad aux camps de réfugiés soudanais du Kenya, en passant par des centres de rétention d'immigrés clandestins en Arizona ou sous les lambris des palais royaux du Cambodge, « Sainte Angelina » s'épuise à prêcher l'altruisme et distribue cadeaux, dons et promesses. Et le cinéma dans tout ça? Après avoir donné du fil à retordre aux forces spéciales américaines dans Salt de Phillip Noyce, elle joue les viragos entraînant Johnny Depp dans la périlleuse aventure de The Tourist, remake d'Anthony Zimmer signé du réalisateur du magnifique La Vie des autres, en 2006, l'Allemand Florian Henckel von Donnersmarck. Un tournage qui aura mené Angelina Jolie de la Place des Vosges, à Paris, au canaux de Venise. Un retour en force dans l'exotisme chic et le glamour pour la comédienne au tout de même 20 millions de dollars de cachet. En 2005, elle avait affirmé, devant les caméras de CNN, que ses actions pour le HCR rendaient son travail « relativement insipide, sans plus vraiment d'intérêt ». Cinq années ont depuis passé, et s'emparant malgré elle de l'aphorisme galiléen : pourtant, elle tourne !

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

 
Bannière Bannière
Bannière