Interviews / Portraits
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Bérénice Béjo

« The Artist m’a fait voyager ! »

 

Par Jean-Pascal Grosso

 

Comédienne au long cours, elle a tourné pour Gérard Jugnot, Chantal Akerman, Marie-France Pisier... Césarisée pour son rôle de figurante en passe de devenir star dans The Artist de Michel Hazanavicius, son compagnon à la ville, puis maîtresse de cérémonie lors du dernier Festival de Cannes, elle a récemment prêté sa voix à Mérida, l'héroïne de Rebelle, dernier grand succès des Studios Pixar. Avant de la retrouver dans Populaire, aux côtés de Romain Duris, en novembre, rencontre avec la lumineuse Bérénice Béjo, native de Buenos Aires, comédienne plébiscitée, jeune mère comblée et voyageuse passionnée, curieuse et sans frontières.


berenice bejo et jean dujardin dans the artist


Vous cultivez un rapport assez intense avec l'Argentine, votre pays natal…

Bénérice Béjo : Oui, j'y retourne depuis 2001 de manière assez régulière. C'est un pays que je souhaite faire découvrir à ma famille. Les gens y sont très conviviaux, généreux. On mange, on parle fort... Il y a cette truculence, malgré les aléas de la vie. C'est un pays qui économiquement se reconstruit pour ensuite se casser la gueule ! Et puis, j'ai une majeure partie de ma famille là-bas dont une de mes sœurs. C'est une culture différente de la France et je trouve ça bien de me partager entre ces deux pays. Aujourd'hui, il n'y a plus de frontières. Et moi, ça me plaît d'avoir cette ouverture sur une autre langue, d'autres personnes, une autre vie...

 

« Je me partage entre la France et l’Argentine, mon pays natal… »

 

Quelle voyageuse êtes-vous ?

B.B. Très active, très curieuse ! Je prépare toujours plein de choses. Si je pars avec les enfants, j'adapte mon voyage en fonction d’eux, pour qu'ils ne se fatiguent pas trop. Michel (Hazanavicius, le réalisateur de The Artist et son compagnon à la ville, ndlr) et moi avons quatre enfants de quatre âges différents. La dernière fois que nous sommes allés en Argentine, en juin dernier, j'avais prévu un vrai plan de bataille : dix jours à Buenos Aires, cinq jours à Ushuaia, du chien de traîneau, puis de la voiture dans le nord du Pays... Bref, nous avons beaucoup bougé !

 

 oss117 le caire nid despions 2006

 

Le désir d'indépendance de Mérida, la rousse héroïne de Rebelle, était-il également le vôtre, plus jeune ?

B.B. J'ai des parents très cultivés, très ouverts sur le monde, avec un tempérament très fort. Ma mère défend effectivement la cause des femmes. Ségolène Royal présidente, elle rêvait de ça ! J'étais plus mesurée... Mais c'est normal, c'est l'influence, chez les jeunes femmes de l'époque, des années 70. Moi, j'ai grandi avec ma mère qui me répétait de faire de grandes études : j'ai fait une terminale scientifique parce qu'elle me l'a conseillé. Je devais être indépendante, gagner mon argent, ne pas me reposer sur un homme... vous voyez, toutes ces idées-là. J'ai tendance à en rire ! Pour ma part, je ne serai jamais offensée si un homme m'ouvre la porte...

 

Il est rare que des comédiennes françaises maîtrisent plusieurs langues étrangères. Cela vous aide-il dans votre carrière ?

B.B. C'est un avantage certain, oui. Mais savez, aux États-Unis, les films ont été repensé en fonction de leurs interprètes. Si Marion Cotillard dans un film hollywoodien a un accent français, tout le monde s'en fiche ! En Californie, tout le monde possède un accent différent et parle tout sauf un anglais parfait !

 

« Hollywood n’est pas une obsession… »

 

Le succès outre-Atlantique de The Artist ainsi que cette collaboration avec Pixar marquent-ils pour vous le début d'une carrière hollywoodienne ?

B.B. The Artist m’a fait voyager. Avec ce film (pour lequel elle a enchaîné une cinquantaine de festivals pendant sept mois, ndlr), disons qu'un pont a été bâti, mais tout ça reste encore flou. J'en suis au stade où je rencontre du monde, où j'explique qui je suis, ce que j'aimerais faire… Je n'ai pas besoin de tourner dans un film américain coûte que coûte. Ce que je veux, c'est être sur un bon projet, alors si je corresponds, c'est bien. Ce qui m'intéresse aux États-Unis, c'est leur capacité à visiter des genres délaissés par le cinéma français, principalement pour des raisons d'argent. En France, on ne vise pas assez à l'international, les qualités sont ailleurs. Mais mes prochains films seront français, c'est dire quHollywood n'est pas pour moi une obsession.

 

 the artist fin

 

Vous sentez-vous particulièrement attirée par l'Amérique en tant que voyageuse ?

B.B. J'ai vraiment grandi avec la culture américaine, que ce soit en littérature, en cinéma, en musique... Ce sont les films américains qui m'ont donné l'envie de faire ce métier. Je suis souvent allée à New York et à Los Angeles. Pour moi, c'est une culture que j'aime beaucoup avec, évidemment, ses limites et des choses que je déteste. Mais je ne suis pas du genre à dénigrer les Américains et prendre ce qui m'arrange chez eux. J'accepte plutôt le tout, le positif comme le négatif.

 

« J’ai grandi avec la culture américaine »


avec jean dujardin dans oss117 le caire nid despions

 

Le négatif ?

B.B. Oui, au cinéma par exemple. Spider-Man 4, les Avengers, les trucs qui explosent... Je n'en peux plus ! J'ai l'impression que leur cinéma piétine un peu en ce moment, contrairement à la France qui est très riche. Si c'est pour aller là-bas tourner dans Avengers 2, ça ne m'intéresse pas !

 

La destination idéale pour vous échapper ?

B.B. Un pays que je ne connaîtrais pas. C'est la meilleure façon de se cacher.

 

Vous allez attendre les vingt ans de carrière et vous avez obtenu, malgré tout, obtenu le prix Romy Schneider, censé saluer une révélation...

B.B. Et ça m'a ravi. J'avais participé à un documentaire sur Romy Schneider et le tournage avorté de L'Enfer d'Henri-George Clouzot. Je reconnecte une nouvelle fois avec elle en ayant son nom associée au mien, ce que je trouve assez classe...

 

 meilleur espoir feminin suite

 

Et quel regard portez-vous sur ces années passées ?

B.B. Un regard plutôt tendre et positif. J'ai toujours voulu être actrice. Je me suis donnée beaucoup de mal et j'ai beaucoup travaillé. Alors, tout va bien, les choses avancent, tranquillement. Cela me correspond. Et même lorsque j'ai peu tourné, par choix, cela s'est finalement bien passé. J'ai eu beaucoup de chance et j'espère que je pourrai encore continuer à faire se métier encore très longtemps. J'ai des idées de contes quand je serai âgée, et je souhaite que cela puisse se faire.

 

Votre plus beau souvenir jusqu'à maintenant ?

B.B. La fin de la projection de The Artist à Cannes, j'imagine. Il y a eu une standing ovation incroyable. J'ai regardé mon papa en pleurs. Ses lunettes qui étaient pleines de buée. Une atmosphère à la fois très émouvante et familiale.

« Mon plus beau souvenir de cinéma ? La fin de la projection de The Artist à Cannes… »


 the artist suite

 

Quelle est votre recette pour conserver intacte cette passion de votre métier ?

B.B. Il faut toujours faire les choses pour les bonnes raisons. Il y a, bien sûr, des moments où on se demande pourquoi on ne ferait pas un film pour l'argent. J'essaye vraiment de continuer mon métier pour des raisons purement artistiques et pour le plaisir que j'aurai à me retrouver avec un réalisateur et toute une équipe sur un film. Je poursuis mon travail avec ça en tête. Et ce n'est pas simple : il vous arrive de débarquer sur un tournage des étoiles plein les yeux et d'en sortir lessivée, écœurée. Ce genre de risques donne également du « piment » à notre profession.

 
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