Envie d'Evasion
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Lost in translation au pays des ryokans !

 

 

Par Laurence Ostolaza

 

Passer 24 heures dans un ryokan équivaut à une parenthèse surréaliste. On doit s’attendre à l’improbable. Il en existe 70 000 au Japon, auberges traditionnelles au confort basique ou très luxueuses malgré le minimalisme ambiant.

Le ryokan Goshobo situé dans la station thermale d’Arima me laissera un souvenir digne d’un film de Tarentino. C’est le directeur qui vous accueille, Monsieur Kugé. Il court partout, parle en accéléré un anglais très exotique, et vous recommande trois fois de bien respecter la « consigne des chaussures ». Une gymnastique qu’il faut savamment intégrer avant de résider dans un ryokan, au risque de vous faire admonester par la plus discrète des femmes de chambre ! On dépose ses souliers à l’entrée, on chausse des savates japonaises pour déambuler au rez-de-chaussée, puis une autre série de pantoufles pour monter dans les chambres à l’étage. Vous le lisez dans le regard de vos hôtes : se tromper revient à brûler la priorité place de l’Etoile à Paris !

 

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Déco zen et coutumes japonaises

Après une myriade de portes coulissantes (shoji), vous entrez dans votre suite, véritable « boutique appartement », surchauffé et suréquipé : deux téléviseurs, un lecteur DVD et trois téléphones dont un à l’ancienne, le tout provoquant un hyatus visuel avec le traditionnel tatami fait de paille de riz sur lequel attend le kimono bicolore. Car chaque chambre est équipé d’un kimono marine et blanc (yukata), obligatoire pour descendre prendre ses repas dans la salle de restaurant. Un uniforme qui nous fait ressembler à des pensionnaires ou à des séminaristes en quête de zen.

 

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Zen, la décoration l’est, assurément. Peu de meubles, juste une table pour une dînette en solo, qui disparaîtra par la magie des vieilles mais gracieuses caméristes dont la mission est d’installer chaque soir le futon traditionnel. Attenante à la chambre, la salle de bains. On s’attendrait à des bambous, mais non. Des joyaux jonchent le sol, sur le carrelage brillent d’inattendus cabochons dorés qui nous rappellent à quel point le Japon peut être sophistiqué.

 

Mon kimono est trop grand. Taille de sumo. Ma camériste septuagénaire, aux yeux rieurs, court les allées du ryokan pour trouver la taille qui me rendra moins ridicule. En dix minutes, c’est chose faite. Toute l’efficacité nipponne est résumée dans l’excellence du service hôtelier. Seul handicap, la langue. Les hôtels traditionnels ont peu de personnel anglophone, ce qui donne lieu à des situations cocasses où l’on se rend compte que la barrière de la langue est l’ultime barrière entre les humains.

Ainsi vous devez comprendre qu’il est de coutume de commander la veille votre petit déjeuner qui se prend à heure fixe. Pas d’improvisation tant sur le contenu que sur l’horaire. Si vous omettez de dire que vous voulez du pain avec votre thé, impossible d’extorquer quelques miettes au serveur, vous regardez avec gourmandise vos voisins de table dévorer du pain brioché, en délaissant le petit-déjeuner traditionnel à base de soupe d’algues et de tortue commandé la veille… par erreur !


Bon nombre de ryokans de la région d’Arima (Kobé) sont dotés de bains « onsen », sorte de spa à la japonaise où l’on mijote dans de l’eau à 40 degrés provenant de sources naturelles d’eau chaude, une eau thérapeutique chargée en fer et en minéraux multiples. Le problème, quand on ne parle pas la langue du pays, est que, même avec un interprète de très bonne volonté, on peu passer très près d’incidents diplomatiques majeurs : les bains « onsen » ne sont pas mixtes, première chose utile à savoir au Japon... Deuxièmement, on s’y baigne nu ! Le rituel est de mettre la serviette sur la tête pour s’en servir sitôt sorti de l’eau. Lorsque l’interprète fait tous les efforts du monde pour vous l’expliquer mais que son accent rend son anglais des plus opaques, vous vous retrouvez en maillot, entourée d’hommes en proie à une méditation aquatique. Et là-bas, on ne plaisante pas avec les sexes : pas de mélange, ni dans les bains, ni à table d’ailleurs.

 

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C’est ainsi que j’ai pu suivre, depuis ma chambre, les agapes masculines et bruyantes d’une dizaine d’hommes d’affaires, vêtus de leur yucata, réunis dans une chambre transformée en salon pour l’occasion. Sonores les agapes, du fait des cloisons si fines de ces petits hôtels de grand charme. Quand on veut se coucher à 20h00 pour récupérer du décalage horaire abrutissant entre Paris et Osaka, on maudit, des heures durant, la subtilité et l’élégance des cloisons de papier.

 

Pour toutes ces réjouissances, il vous en coûtera 250 euros minimum pour une nuit bercée aux rires authentiques des descendants de yakuzas.

 

 

Les riokans à la mode bouddhiste

Beaucoup moins sophistiqués sont les ryokans des régions du Mont Koya, ces montagnes qui abritent de nombreux temples shintoïstes et bouddhistes. Les pèlerins viennent ici prier mais aussi dormir dans les temples qui se transforment en gîtes de luxe l’espace d’une ou deux journées de méditation. Ici, plus aucun artifice, pas de salle de bains dans les chambres, les plus chanceux ont des toilettes et un lavabo ! Les repas sont pris dans les chambres, la cuisine y est traditionnelle, appelée « kaiseki » c’est-à-dire que le café n’existe pas le matin, encore moins le pain frais et le beurre... Le petit-déjeuner est un vrai repas fait à base de légumes et surtout de tofu, car les moines des temples sont la plupart du temps végétariens. La soupe d’algues au saut du lit, il faut être un amateur averti mais les vertus diététiques de ces repas sont incontestables.

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Loger dans ces temples, c’est un peu comme loger chez l’habitant. Mais ceux qui vous ouvrent la porte sont plus spirituels qu’ailleurs. La simplicité du logement n’a d’égal que celle du mode de vie des moines. Leur quotidien est fait de tâches domestiques, ils fabriquent eux-mêmes le tofu, ils font le ménage et veillent à la propreté des jardins, et le reste du temps, ils méditent. Les hôtes sont d’ailleurs invités à se lever à 5h00 du matin pour assister à des méditations collectives, avec récitation de mantras devant un feu de cheminée. Après cette harmonie religieuse ou mystique, c’est selon, le moine réunit dans une salle minuscule, meublée d’un seul tatami, tous les participants pour leur offrir du thé vert et dans la langue de Shakespeare, il réussit à convaincre l’occidental des vertus prônées par la pensée bouddhiste. Le détachement et l’impermanence des choses…


Dans ces ryokans du Mont Koya tout vous incite à la contemplation.

Pas d’agitation possible ou d’activités superflues, la seule vue des jardins taillés avec minutie invite à la sérénité. La seule distraction provient de la boutique du temple-hôtel où l’on achète les bracelets et colliers artisanaux faits de boules de bois, sorte de chapelet asiatique qui aide à la récitation des prières. Ce sera pour la bonne cause, mieux vaut aider les maîtres des lieux à entretenir leur abri pour le plus grand plaisir des touristes en quête de spiritualité. Car c’est un voyage dont on revient quelque peu secoué, il faut du temps pour quitter le Mont Koya et ses ryokans peuplés de divinités shintoïstes. C’est une évasion envoûtante dont on ne sort pas indemne. Les chants répétitifs des moines retentissent encore dans votre esprit quand vous vous endormez dans votre chambre si peu chauffée.

Mais au terme d’une nuit emmitouflé dans une polaire, vous avez enfin compris ce que veut dire le mot « zen » : un décor épuré, des rencontres essentielles, des moments présents que l’on emporte à jamais.

 

 

 

Carnet pratique

Vol quotidien Paris-Helsinki-Osaka à partir de 847 euros.

Compagnie Finnair :  www.finnair.fr

Séjour Harmonie du soleil levant », 11 jours, 3495 euros, Jet Tours : 0820.830.880, www.jettours.com

Ryokan Goshobo, Arima (Kobé), www.goshobo.co.jp

 

 

 

 
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