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TUNISIE : ON Y RETOURNE ?


 

Par Dounia Zakari

 


Le printemps arabe a apporté un souffle de liberté en Tunisie mais il a emporté avec lui les touristes. Le pays écrit une nouvelle page de son histoire à l’encre de sa soif de démocratie. A tâtons, il prépare son avenir, inconcevable sans ses invités : les vacanciers. L’occasion d’y retourner ?


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« Aider la Tunisie, c’est y aller. L’aimer, c’est y retourner ». C’est le titre de l’Appel des 100, une opération séduction lancée en 2012 pour doper le tourisme tunisien. Cent personnalités françaises ont signé cette pétition. Stéphane Bern, Julien Clerc ou encore Flavie Flament et Hélène Ségara sont donc entrés en scène pour chanter les louanges d’un peuple rompu à l’art de l’hospitalité. L'enjeu est de taille : le tourisme est l’épine dorsale de l'économie. Il représente 7% du PIB et emploie environ 15% de la population active. Les campagnes de promotion réalisées par l’Office National du Tourisme, ne suffisaient pas, il fallait des voix qui résonnent haut et fort pour toucher le grand public. Les 1300 km de plages, le soleil, les palmiers, les effluves du jasmin, les fabuleux sites archéologiques, les joyaux du désert, la thalassothérapie de qualité ou encore l’effervescence chaleureuse de villes comme Tunis, Sousse, Bizerte et Zarzis méritent un coup de projecteur supplémentaire dans un contexte de transition démocratique. « Les Tunisiens ont toujours vécu avec les touristes. Avant la révolution, il y avait six millions de touristes pour une population de dix millions d’habitants », explique Erich Alauzen, responsable des relations publiques du Groupe Thalassa Hotels dont le Royal Elyssa Thalasso & SPA 5* à Monastir. « C’est maintenant qu’il faut venir avec ce vent de liberté qui souffle, imaginez, à présent, comment les touristes vont être chouchoutés », promet ce Français installé à Tunis depuis vingt et un ans.

 

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« On ne veut pas brader la destination mais il faut passer par là pour relancer la saison… » Aulpha Attit-Allah, Office du Tourisme Tunisien

Des promos et du temps pour relancer le tourisme

Un message qui commence à trouver un écho surtout du côté d’Hammamet et Djerba. Les médinas résonnent d’accents essentiellement belges et allemands. « Le taux de remplissage de nos hôtels-clubs est presque revenu à la normale sauf il est vrai auprès de la clientèle française, plus hésitante par rapport aux ressortissants belges, allemands et des pays de l’Est. Les Algériens sont aussi nombreux, c’est désormais notre deuxième marché », poursuit Erich Alauzen. Sur place, un mot revient comme un mantra : la patience. Il faut du temps pour reconstruire ce pays. L’horloge tourne, trop lentement pour certains chauffeurs de taxi de Tunis et autres vendeurs de souvenirs, aussi impatients de renflouer leurs caisses que de participer à cette démocratie émergeante... Alentour, la vie touristique a pourtant repris ses droits. Les hôtels affichent complets à Hammamet depuis le mois de juin. Une bonne santé pour la station renommée qui s’explique par des prix bradés. « Hammamet et Djerba ont été bookées tout l’été. Les séjours en all inclusive se vendent toujours facilement. Gammarth se porte bien aussi avec le Mövenpick et le Regency Tunis Hotel 5 étoiles qui enregistrent de bons chiffres, et les clubs se remplissent bien grâce aux rabais conclus avec les tour-opérators. On ne veut pas brader la destination mais il faut passer par là pour relancer la saison », affirme Aulpha Attit-Allah de l’Office national du Tourisme Tunisien (ONTT). Une embellie pour le moment due à une vague de promotions importantes, puisque la plupart des hôtels ont affiché des réductions de 35% sur leurs tarifs. Un passage obligé qui semble porter ses fruits pour le moment.

 

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Certaines régions tournent encore au ralenti

En juin 2012, le ministre du Tourisme tunisien, Elyes Fakhfekh, se félicitait au micro de la radio Mosaïque Fm de l’amélioration de la saison touristique par rapport à celle de l'année 2011. Le nombre de nuitées touristiques est en hausse de 11,1% en 2012, mais reste en-deçà des chiffres de 2010. Qu’importe, la destination figure d’ailleurs dans le Top 5 des voyagistes en ligne et six millions de visiteurs sont tout de même attendus d'ici fin 2012. Si certains hôtels sont pleins à craquer, d’autres régions tournent encore au ralenti. La situation économique est même alarmante dans le sud désertique notamment à Tozeur, où pas moins de dix hôtels ont dû mettre la clé sous la porte. Malgré quelques touristes chinois croisés ci et là, les agences de voyages peinent à y organiser des excursions à cause des contestations. Sans compter que la région manque cruellement d’infrastructures touristiques. Pas très loin, à Nefta, quatre hôtels ont fermé. La ville connue pour sa corbeille et sa palmeraie résiste bon an mal an avec le nouvel hôtel Le Palm Lab porté sur l’écologie ou encore le Dar Hi, véritable expérimentation sociale et architecturale.

 

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Promouvoir les maisons d’hôtes et rassurer sur la sécurité

Le défi à présent ? Dépasser le tourisme low-cost, de l’aveu d’Aulpha Attit-Allah et « développer le tourisme culturel romain et punique. Il faut promouvoir les 60 maisons d’hôtes et de charme sur tout le territoire pour une autre façon de voyager ». Et plus que tout, il faut rassurer sur la sécurité. « La question ne s’est jamais posée pour nous puisqu’aucun touriste n’a été menacé ni pendant la révolution ni depuis, renchérit Erich Alauzen. Mais les médias créent la psychose autour des salafistes alors que le gouvernement est ferme avec eux. Nos clients font des excursions et tout se passe bien. Sur le site de Carthage, les cars de touristes sont de retour ». La Tunisie opère sa mue, non sans heurts. Mais l’appétence pour les plaisirs quotidiens est intacte sinon plus exacerbée, comme le confie Amel Djait, fondatrice du site Mille et Une Tunisie : « A Tunis les hôtels sont pleins à 90%. La vie a repris son cours avec une parole plus libre, les terrasses sont remplies. On sort autant sinon plus, les discothèques battent leur plein. L’autre jour il y avait un embouteillage de plus de 2h devant le club Calypso à Hammamet. Les Tunisiens se sont réapproprié leur pays avec une volonté de le reconstruire. Il n’y a aucune restriction sur la consommation d’alcool et notre production de bière est en même augmentation ! Les femmes sont en bikini sur les plages, nous devons redorer l’image du pays et le montrer tel qu’il est ». Renouveau, le mot brûle toutes les lèvres. Mais la patience est d’or.

 

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Encadré

« La Tunisie ? Il faut la goûter, la sentir, la manger »

« Je prône justement un tourisme alternatif qui complèterait l’offre déjà existante de balnéaire, de golf et de tourisme médical », assure Amel Djait, journaliste et ancienne agent de voyages. Elle égrène l’ampleur de la tâche: «Pour découvrir un pays il faut le goûter, le sentir, le manger et stimuler les cinq sens en sortant de son hôtel. Les problèmes du secteur présents avant la révolution n’ont pas disparu. Les infrastructures s’érodent : sur les 600 hôtels du pays, près de la moitié doivent être remis à niveau. Le potentiel est énorme, je pense au golfe de Tabarka et aux sites antiques. J’adore le petit village andalou, Zaghouane et sa maison d’hôtes de neuf chambres au pied de la montagne, au sud de Tunis. On y mange la meilleure pâtisserie de Tunisie à base d’eau d’églantier face au temple des eaux. Qui connaît notre huile d’olive ou notre miel délicieux ? Qui sait qu’on peut faire de la spéléologie et explorer la faune et la flore ? On doit retravailler notre image. La révolution nous a permis d’avoir un élan de sympathie exceptionnel du monde entier. Il faut capitaliser là-dessus ». Amel Djait y croit, à l’image du slogan de la campagne de promotion lancée par l’ONTT : « Tous les rêves sont possibles ». Le pays change. Le soleil irradie toujours avec en prime un parfum de liberté, celui du jasmin.

Amel Djait a publié un hors série sur la Tunisie avec des adresses méconnues triées sur le volet, disponible gratuitement sur www.mille-et-une-tunisie.com. Plus d’infos : www.bonjour-tunisie.com

 
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